Dans mon travail d’accompagnement d’artistes en herbes, je vois souvent passer des aquarelles ratées. Des aquarelles au look souvent enfantin, et aux allures de coloriage plus que d’un travail abouti. Et pourtant, ce n’est pas que mon élève n’a aucun talent ou a baclé, il a bien souvent passé beaucoup de temps et de souffrances à se battre avec son oeuvre. Le problème : le matériel. Ou plus précisément, le papier. Quand je pose la question de la provenance du papier, c’est souvent « Action » qui ressort. Alors certes, si vous êtes amateur et/ou étudiant, vous vous dites surement qu’avec ce que vous allez en faire, ce n’est pas la peine d’investir dans du matériel de compet’ ! Eh bien, rien n’est plus faux.
Dans cet article, je vous explique pourquoi le choix du papier est si important, et je vous donne toutes les clefs pour bien le choisir.
Quel papier aquarelle choisir ?
1. Le papier aquarelle, quel grammage ?
Pour commencer, je suis sûre que vous avez tous en tête les jolies peintures de vos bambins. Vous savez, ces empreintes de mains, faites à l’école, qu’ils sont si fiers de vous offrir pour la fête des mères/pères…. Ils ont tous en commun un aspect : ils sont tous gondolés. Car oui, le papier craint l’eau. Et puisque la principale composante de l’aquarelle est l’eau, il faut donc prendre en compte cet aspect. Donc tout d’abord, il vous faudra faire attention au grammage. L’aquarelle se pratique sur un papier de 30GR/M2 minimum.
Ensuite, il faut savoir qu’il existe 2 types de papiers principaux : Le cellulose, et le coton.
2. Composition & fabrication
| type de papier | Composition | coût |
| 100% coton | 100 % coton Fibres de coton longues, souvent issues de chutes textiles Moulé à la main ou à la forme ronde. | plus cher |
| 100% cellulose | 100 % cellulose Fibres de bois (pâte de cellulose) Mécanisé, rouleaux ou formes cylindriques | moins cher |
3. Réaction à l’eau et aux lavis
Critère Coton Cellulose
| Coton | Cellulose |
| Absorption Excellente, homogène | Moins régulière, peut « boire » l’eau brutalement |
| Temps de travail long : les lavis restent humides plus longtemps | temps de travail court : sèche rapidement, difficile pour les dégradés |
| Diffusion des pigments fluide, douce | Diffusion des pigments moins contrôlée ou brutale |
| Retrait (lifting) Possible, sans abîmer le papier | Retrait (lifting) Risque de peluchage ou déchirure |
| Gondolage Résiste bien, surtout à partir de 300 g/m² | Gondolage Se déforme plus facilement, même à 300 g/m² |
4. les techniques mixtes
Technique Coton Cellulose
| Coton | Cellulose |
| Glacis multiples Supporte bien les lavis successifs | Devient fragile ou marque après quelques passages de pinceau. Les pigments ont tendance à se redécoller |
| Sel, grattage, éclaboussures Excellents effets, prévisibles | Sel, grattage, éclaboussures Moins d’effets ou plus imprévisibles |
| Encrage, plume Très stable | Encrage, plume Peut gondoler ou baver |
Quel papier choisir : rendu final
1. Aspect du rendu final
| Coton | Cellulose |
| Les pigments restent en surface, les couleurs sont plus lumineuses, translucides, et vibrantes. | Les pigments pénètrent davantage, ce qui donne un rendu plus terne ou mat. |
| Le grain (torchon, satiné ou fin) est noble, texturé, et valorise les détails comme les flous. | Peut être suffisant pour des études, des carnets ou des illustrations rapides |
En résumé, vous l’aurez compris, le papier cellulose est moins cher, mais il est aussi beaucoup plus difficile a travailler, et bien souvent, il va décourager les débutants. Bien sûr, le papier n’est pas le seul critère à prendre en compte si vous vous lancez dans l’aquarelle, et les pigments sont également une composante importante des clefs du succès (cela fait l’objet d’un autre article de mon blog).
Il s’agit ici de mon avis basé sur mon expérience personnelle. Certains artistes peuvent préférer le cellulose. Les marques proposent aussi des papiers qui leur sont spécifiques, mais les attributs que je cite sont vrais quelle que soit la marque que vous choisirez.
Pour conclure, je terminerais avec une démonstration qui vous semblera sans doute évidente : on ne se démaquille pas avec du sopalin (cellulose), et on n’absorbe pas une tache avec un demak’up (coton). Le liquide n’a pas le même comportement piègé entre les fibres de coton et les fibres de bois…
Si tu débutes : mieux vaut un petit format en coton qu’un grand en cellulose.
Cellulose + gesso aquarelle : possible de « tricher » un peu pour limiter les défauts.
Alternative économique : certains papiers « mixte » (coton + cellulose) offrent un bon compromis.
Mon avis d’aquarelliste
Le papier 100 % coton est à l’aquarelle ce que la toile de lin est à la peinture à l’huile : un support noble, exigeant, mais irremplaçable pour révéler toute la richesse des pigments et la magie de l’eau
