Le noir en aquarelle : profondeur, nuances et surprises

Quand on pense à l’aquarelle, on imagine d’abord la transparence, la légèreté, et ces superpositions délicates de couleurs qui la rendent si vivante. C’est ce qui fait tout son charme : jouer avec les couches, laisser la lumière du papier traverser la peinture, créer des vibrations et des atmosphères subtiles.
Pour ma part, j’ai toujours considéré que le noir sorti du tube n’était pas la meilleure option en aquarelle.
Je le déconseille généralement, car il a tendance à éteindre les mélanges et à écraser la transparence. J’ai toujours préféré fabriquer mon noir moi-même, à partir de couleurs complémentaires.
Mon mélange favori — celui que je trouve parfait — est un noir composé de bleu outremer et de terre d’ombre brûlée.
Ce duo permet de moduler la température du noir :
– plus de bleu pour un noir froid, idéal pour les ombres métalliques ou les nuits profondes ;
– plus de terre d’ombre pour un noir chaud, parfait pour les ombres naturelles et les scènes lumineuses.
Ce noir « fait maison » garde toute la transparence et la vibration propres à l’aquarelle, tout en offrant une profondeur nuancée. Il s’intègre aussi très harmonieusement au reste de la palette, puisque ses pigments proviennent souvent de couleurs déjà utilisées ailleurs dans la peinture.
Pourquoi tester malgré tout les noirs en tube ?
Même si je privilégie les mélanges, il existe des situations — notamment pour les grands aplats, les fonds homogènes ou par souci de praticité — où un noir prêt à l’emploi peut s’avérer utile. Il est notamment très compliqué, lorsqu’on peint sur grand format, de faire des aplats réguliers, car le propre des « jus » est de diluer les pigments dans l’eau, mais c’est aussi cette dilution qui disperse les pigments et les rends transparents. Moins il y a d’eau, plus l’intensité sera grande, mais plus difficile la régularité des coups de pinceau sera. C’est donc un vrai challenge de trouver un noir dense, intense, qui ne laisse pas visibles les coups de pinceau. A ce titre, si vous chercher un aplat sans trace de pinceau, bannissez le papier en cellulose. Seul le papier 100% coton vous permettra cet exploit, car oui, la tache et difficile si vous voulez votre noir très noir.
C’est dans cette optique que j’ai voulu comparer plusieurs noirs en tube, afin de mieux comprendre leurs particularités, leur rendu et leur comportement selon le papier.
Mes tests : Quel est le plus noir des noirs à l’aquarelle ?
J’ai testé plusieurs noirs de différentes marques pour évaluer leur intensité, leur texture, leur facilité d’application et leur rendu final.
1. Noir de fumée de Daniel Smith – mon grand favori
De tous ceux que j’ai essayés, le noir de fumée est celui qui m’a le plus convaincue.
Il est profond, riche, et très homogène à l’application. Sur un papier 100 % coton, il s’étale merveilleusement bien : pas de coups de pinceau visibles, une belle uniformité, et une profondeur presque veloutée.
Sur du papier en cellulose, en revanche, il devient plus terne et accroche davantage — à réserver donc aux papiers de qualité.
C’est un noir à la fois puissant et élégant, idéal pour les aplats soutenus ou les contrastes marqués.

2. Noir de cobalt – Mission Gold (Mijello)
Le noir de cobalt est un noir plus granuleux, avec une belle personnalité.
Il donne des effets de texture très intéressants et se prête bien à des fonds vivants, des ombres vibrantes ou des ciels nuageux.
Bien qu’un peu moins profond que le noir de fumée, il reste très agréable à travailler et offre un rendu plein de caractère.

3. Lamp Black – Schmincke
Le Lamp Black m’a paru plus difficile à maîtriser.
Il a tendance à laisser des traces de pinceau et son rendu final est moins intense que celui de Daniel Smith, par exemple.
Ce noir peut convenir pour des lavis légers ou pour des mélanges, mais pour un aplat franc, il manque un peu de densité.

4. Noir d’Ivoire – Old Holland
Très proche du noir de fumée de Daniel Smith, sa texture crémeuse s’applique bien, elle est profonde, et dense. Elle est aussi très pigmentée, mais un peu plus transparente que la Daniel Smith. Son grain est régulier, et elle permet de jolis aplats anthracites.
J’ai également testé le noir de Mars de Winston & Newton, mais il ne tient pas la comparaison. Bien moins pigmenté, il est plutôt grisâtre et peu soutenu.
Chaque noir a sa personnalité, ses forces et ses limites, et le plaisir de l’aquarelle réside justement dans ces explorations.

En conclusion
L’aquarelle se prête magnifiquement aux jeux de lumière, mais cela ne veut pas dire qu’elle doive renoncer à la profondeur du noir.
Pour moi, le mélange bleu outremer + terre d’ombre brûlée reste la plus belle façon d’obtenir un noir vivant, chaud ou froid selon les besoins.
Mais quand le travail exige un aplat uniforme ou un rendu parfaitement lisse, certains noirs en tube, notamment le noir de fumée, offrent une solution pratique et esthétique.

Quelques mélanges à essayer
Bleu outre-mer + terre d’ombre brûlée : mon mélange favori, jouant sur chaud/froid.Bleu outre-mer + sépia : pour un noir tirant légèrement vers le brun chaud, très utile pour des ombres plus organiques.Terre de Sienne brûlée + bleu de Prusse : pour un noir plus sombre et froid, avec une nuance douce.Enfin, un petit rappel ne fait pas de mal, le noir, c’est quoi ?C’est le mélange des trois primaires transparentes (jaune + rouge (magenta) + bleu (cyan) dosées de manière à s’annuler mutuellement = quasi noir, mais très intéressant pour l’aquarelle car conserve une vibration.Conseils pratiques pour les mélanges
– Utilise de bons papiers en coton pour que le mélange noir montre toute sa richesse– Dilue progressivement : commence par peu d’eau pour voir la teinte soutenue, puis ajoute de l’eau pour observer comment le mélange s’affadit ou reste intense.– Note bien les proportions que tu utilises (ex : 1/2 bleu outre-mer + 1/2 terre d’ombre) afin de les reproduire pour un travail cohérent.– Teste le mélange sur un petit coin avant de l’appliquer en grand aplat : certains noirs peuvent “virer” légèrement ou paraître moins vibrants selon le séchage.– Méfie-toi des couleurs opaques ou semi-opaques dans les mélanges noirs : elles peuvent “éteindre” la luminosité de l’aquarelle. (pour vérifier l’oacité d’une aquarelle, c’est le petit logo carré qui figure sur tous les tubes. Quand il est plein, c’est que la couleur est opaque, quand il est vide, qu’elle est transparente, et quand il est coupé en 2 à la maniere du yin et du yang, c’est qu’elle est semi transparente.– Et enfin, et c’est sans doute le plus important : ne choisis que des couleurs Extra fines. Elles contiennent beaucoup plus e pigments que les fines, et ne parlons même pas des gammes études ou pire encore, les aquarelles de chez Action (peut on vraiment appeler ça de l’aquarelle ??? hummm….)
